The Report

Un chez soi loin de chez soi


Tracy Lowy est aussi passionnée par l’histoire de Notting Hill qu’elle l’est des boutiques-hôtels. Le Laslett Hotel à Londres est la fusion de ce respect pour le patrimoine local et de son expertise en tant qu’hôtelière.

« Notting Hill n’a plus rien à voir avec ce que c’était dans le temps », me confie un élégant gentleman septuagénaire. Ou, disons, telle est sa réponse lorsque je lui demande la direction du Laslett, le dernier boutique-hôtel à avoir ouvert dans le quartier. Nous échangeons quelques mots dans la rue et, à en juger par son accent, je suppose qu’il est du coin. « Oui, mais je n’avais plus les moyens de vivre ici. Non, madame. C’est pour les gens riches et célèbres, les vedettes de cinéma et tout ça. J’ai grandi sur Portobello Road, par contre. » Il indique la direction de Portobello d’un signe de tête et nous nous disons au revoir. Le Laslett Hotel est l’un des nombreux boutiques-hôtels du quartier. L’hôtel ou « l’hôtel particulier », comme la fondatrice Tracy Lowy aime à l’appeler (elle ne supporte pas l’expression « hôtel-appartement »), incarne l’esprit de la vieille communauté et l’atmosphère créative du West London et de l’homonyme de l’hôtel, Rhaune Laslett, créatrice du célèbre carnaval de Notting Hill. Aux murs du Laslett sont accrochées des œuvres d’artistes locaux tels que Barbara Hulanicki et Barry Kamen. Des marques britanniques telles que Waldo Works Architects et le légendaire antiquaire local Jerome Dodd ont façonné l’intérieur des lieux en y apportant leur mobilier raffiné. Je m’assois avec Lowy dans l’une des 51 chambres du Laslett Hotel. La chambre est décorée d’œuvres locales, de toiles d’un gris clair et de nouvelles vintage des éditions Penguin sur les étagères.

Est-ce l’idée de recréer un « chez soi loin de chez soi » qui a inspiré l’hôtel ?

« Le cadre sans âme et anonyme des grandes chaînes hôtelières chic peut créer une sensation d’isolement et de solitude, et si vous êtes loin de chez vous pendant un certain temps vous pouvez avoir envie de vous sentir comme à la maison. Nous avons accueilli deux grandes équipes de tournage de films ici cet été, et l’une des grandes actrices venait au Henderson Bar tous les soirs pour retrouver son équipe. Elle m’a raconté qu’elle était logée dans l’un des hôtels d’une grande chaîne de luxe, mais qu’elle voulait fuir cette sensation de vivre dans un hall d’hôtel et venait donc ici. J’ai été ravie d’entendre cela, car c’est exactement ce que je voulais créer ici : une sensation d’intimité et de foyer. »

Vous voyagez assez souvent, où séjournez-vous lorsque vous n’êtes pas chez vous ?

« J’ai passé quelques semaines à Montauk cet été et j’ai loué une cabane près de Springs où Jackson Pollock a vécu (et où il a également eu son accident de voiture fatal sous l’emprise de l’alcool en 1956). Mais lorsque je reste à l’hôtel, j’aime beaucoup le Chateau Marmont à Los Angeles. »

Parlez-nous d’une destination de rêve que vous avez découverte.

« Chaque année, je pars faire au moins un voyage d’aventure avec ma famille. Cette année, nous sommes partis à Lamu, et l’année dernière nous avons visité le Costa Rica et le Sri Lanka, car nous aimons tous beaucoup surfer. J’adorerais aller en Uruguay, cela sera sans doute notre prochaine destination. »

Tracy Lowy me raccompagne dans l’escalier de l’hôtel et m’arrête au deuxième étage où une fenêtre de style victorien encadre une façade en briques délabrée qui a l’air de tout sauf d’une bâtisse embourgeoisée. « On m’a souvent dit de couvrir les fenêtres ici, pour ne pas voir l’extérieur. Mais c’est ça Londres. C’est ça Notting Hill. C’est à la fois beau et grossier et c’est un quartier qui bénéficie d’une histoire incroyablement riche. Je ne recouvrirai jamais cela, je veux pouvoir le montrer. » Alors que je quitte le Laslett en passant par le Henderson Bar, qui doit son nom au célèbre musicien de Trinidad, Russell « Russ » Henderson (un autre fondateur du carnaval de Notting Hill), je ne peux m’empêcher de penser à l’adorable vieux monsieur que j’ai rencontré dans la rue un peu plus tôt. Et je me dis qu’il aimerait sans doute le Henderson et qu’il se sentirait comme chez lui au Laslett Hotel.

Texte Sofie Zettergren

Photo Anna Schori


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